Learning Lines.

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Anxiolytiques et café crème.

- Non, non, je ne vais pas très bien, si c'était ta question...

- Pourquoi ?

- Je crois que je suis amoureux...encore, dit-il en soupirant. D'une fille qui ne m'aime pas et qui ne m'aimera probablement jamais. Je tombe toujours amoureux de filles inaccessibles... ou alors je suis amoureux juste parce qu'il est possible que ce soit réciproque...

- Artificiel... Que comptes-tu faire ?

- Rien. Ou peu. Essayer de paraître comme une sorte de possibilité séduisante... Mais au fond, j'y crois pas vraiment. Je cultive une sorte d'espoir qui me permet de tenir. D'être heureux. Ne serait-ce qu'un court instant. Jusqu'a ce qu'apparaissent le manque et l'envie se tenant par la main. Qui me trahissent. Ou que je trahis. Peu importe... Je perd pied, et d'une façon ou d'une autre, les choses deviennent franchement impossibles. Et puis au bout de quelques semaines, quelques mois, je passe à autre chose... Mais ça cicatrise pas vraiment...

- Combien de fois ?

- Je sais pas précisément, c'est flou, refoulé... Sans doute trop.

- Mais pourquoi tout ça ? Demanda-t-il innocemment.

- La grande question... Je sais pas. J'essaie de croire que c'est comme une sorte de long passage, que c'est pas ma faute, que c'est le reste du monde...

- C'est plus facile que de se remettre en question comme tu faisais avant...

- Comme je faisais avant sans avoir aucune réponse... juste de la douleur.


Coralie Clément - C'est la vie.

No Cars go


Comme l'été brûle l'herbe folle.

« Je t'aime » signifie « Je ne t'aimerais plus »

Monday morning in Lagos.

Réveil brutal de la vie, de la rue qui s'agite en bas. De la fenêtre grande ouverte on entend le bruit d'un moteur pétaradant, et qui s'éloigne, dans les rues de Lagos. Progressivement s'installe un bruissement qui persiste. Le bruissement des passants, des dialogues bruyants et extravertis, les bruits de pas, qui résonnent. Alors le matin rougeoyant s'estompe et laisse la place au ciel bleu, lumineux, resplendissant. La journée commence à Lagos. Ici, H. journaliste-reporter dans la revue PF. Peu importe. Il n'est pas du matin.

La chambre d'hôtel pourrait être le lieu d'une nature morte. On a vécu ici. Là, sur un bureau rudimentaire (quatre pieds, un tiroir, une table en fait.), une pile de magazine aux couvertures brillantes et glissantes, en papier glacé ; s'est effondrée. On peut suivre le cheminement des magazines qui s'étalent dans une forme de recherche artistique, depuis la table jusqu'au sol, il semble qu'il n'y ai visiblement pas eu une quelconque intervention humaine dans cet état de fait (pour ranger, ou ce genre de choses qu'ils font usuellement). Entre la porte et le lit, un amoncellement divers de vêtements indistinctement sales ou propres que dégueule une valise posée en vrac par terre, sans autre forme de procès. Entre la fenêtre et le lit, une table basse en verre massif teinté noir, typique de la décoration d'un intérieur assez beauf d'une famille du Nord qui se pense au summum de l'élégance. Sur la table, une petite boite en fer ouverte contenant divers objets, pipe, sachet d'herbe, briquet, une boite en acier de forme cylindrique d'utilité inconnue. Un billet de cent dollars traine sur la table, à côté de ce qui ressemble à des restes. Deux très fines lignes blanches, le restant de coke de la veille. Le lit, enfin, un lit à baldaquin en fer forgé portant une moustiquaire qui tombe jusqu'au sol, un matelas en mousse défoncé, un drap en soie blanc recouvrant l'homme en question, H., qui dort.

Le bruit s'intensifie dans la rue, bientôt couvert par le bruit des réacteurs d'un avion décollant, puis traversant l'horizon de la fenêtre à la diagonale.

Quoi d'autre ? Eh bien rien. Si ce n'est l'extraordinaire banalité des aventures de H., journaliste-reporter désirant savoir si l'angoisse du vide provoqué par l'absence de limite à l'univers peut influencer son quotidien. Apparemment pas.

Dieu existe ?

Fela Kuti By Lateral Line on dA



Shakara Oloje

"Que l'on pouvait perdre courage, comme l'on perd la raison" (Elista)

Elle se tenait face à elle. Elle regardait les gens, pensive. Elle la regardait elle, torturée.

Courage. C'était maintenant. Le silence était installé dans le bruit qui les entourait. Elle n'entendait rien, elle ne voyait qu'Elle. Elle était terrorisée par ses envies profondes, par son désir dévorant. Mais il fallait le faire, il fallait aller jusqu'au bout. Croquer la pomme d''eve.

Dans un mouvement brusque, elle se jeta en avant, par-dessus la table, impulsive ; et l'embrassa.

Surprise. Réaction. Les conversations extraverties et sonores du bar qui les entouraient semblaient s'être affaiblies. Violemment, l'étreinte se défit, rejetée, elle retomba soudain en arrière sur sa chaise, transie par la réflexion rapide qui se tramait dans son esprit. La porte claqua. Les conversations reprirent progressivement. Jusqu'à reprendre, dans l'indifférence, le même rythme qu'avant.

Elle n'avait pas bougé. Restant figée dans la position où elle avait été rejetée, comme liée par le poids de sa propre conscience. Légèrement penchée en avant, les bras las, ses mains l'une dans l'autre. Ses yeux étaient vides. Elle ne regardait rien et rien, ni personne ne la regardait. Des larmes se mirent à couler sur son visage, dévorant ses joues, tombant de son menton.

Les yeux à l'horizon.

...à suivre.

Nous ne sommes pas libres.

Une dernière bouffée. Et d'un petit geste si ordinaire, la cigarette encore allumée s'en va, volant dans les airs de sa liberté éphémère... Pour aller rouler sur les pavés couverts de nuit ; elle se consume, lentement, rongée par les flammes... Extraordinaire nature morte.

Le temps manque. Le temps manque pour toutes les choses qu'il faut admirer. Pour consacrer la beauté du monde par la connaissance qu'il est possible d'en avoir. Trop d'obligations stupides. Trop de lubies si périssables. Si la naissance doit nous apprendre une chose, si l'adolescence doit nous apprendre une chose, c'est que vivre, savoir vivre, être capable de définir avec justesse ce que peut signifier ce petit mot pervers, ce n'est pas inné.

C'était la conclusion de son raisonnement post-« bouffée-de-cancer ».

Il restait là, sobrement appuyé contre un mur, dans une posture qu'on pourrait réduire à quelques stéréotypes. Grand, d'un style vestimentaire travaillé, recherché dans une tentative de distinction qui disait « Je n'est pas un autre ». Il se tenait les mains dans les poches. Son visage était étrange, indéfini, marqué... Un nez simple, presque banal, un menton fendu d'une petite marque presque invisible, des joues assez creuses. Sa silhouette toute entière se remarquait par sa chétivité, sa carrure inapropriée, comme un goéland perdu sur ses pattes.

Ses yeux bleux se perdaient dans le reflet des pavés dans la flaque à ses pieds. Mais sa nuit commençait, il était temps de partir. Il se remit droit et marcha à grand pas dans une direction préalablement définie. Il remit son col bien droit pour se protéger du froid, en baissant la tête pour se réchauffer.

Like a river.

...à suivre.