Learning Lines.

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Turning myself into a demon.

Arthur Rimbaud, Ce qui Retient Nina

Picture by Stupidebbie on dA

Ta poitrine sur ma poitrine,
Hein ? nous irions,
Ayant de l’air plein la narine,
Aux frais rayons

Du bon matin bleu qui vous baigne
Du vin de jour ?…
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d’amour

De chaque branche, gouttes vertes,
Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
Frémir des chairs ;

Tu plongerais dans la luzerne
Ton blanc peignoir,
Divine avec ce bleu qui cerne
Ton grand œil noir,

Amoureuse de la campagne,
Semant partout,
Comme une mousse de champagne,
Ton rire fou !

Riant à moi, brutal d’ivresse,
Qui te prendrais
Comme cela, − la belle tresse,
Oh ! − qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise,
O chair de fleur !
Riant au vent vif qui te baise
Comme un voleur !

Au rose églantier qui t’embête
Aimablement…
Riant surtout, ô folle tête,
A ton amant !…

Dix-sept ans ! Tu seras heureuse !
Oh ! les grands prés,
La grande campagne amoureuse !
− Dis, viens plus près !…



First Aid Kit - Tiger Moutain Peasant Song
(Fleet Foxes Cover).

Le temps coule entre nos doigts comme de l'eau dans le désert.

Crève en enfer.

Qu'est-ce que veut Kolia ?

Il est des journées comme celle-ci, des moments comme celui-là qui me montrent que je vis avec des filets. Il y a ceux, dehors, qui me retiennent et qui me sauvent, qui m'aident et font brièvement disparaître la gravité. Les amis. Le monde extérieur. Et puis il y a l'intérieur. Dans lequel on se noie moins souvent. Mais parfois, son propre filet perd de sa solidité, il devient difficile à tenir. Et alors... Tomber dans soi-même.

Je voudrais partager l'intérieur. Je voudrais des mains étrangères dans moi-même. Peut-être vaincre le stade suprême de la solitude ? Mais comment savoir que c'est possible ? Impossible en fait. A la frontière du savoir on ne peut que croire. Alors j'y crois...?

Confrontation avec une réalité qui déçoit. Parce qu'on aura beau expliquer tous les comportements du monde, on sait qu'il faudra continuer à expliquer et à excuser. Encore et encore. Je suis à contre-courant du présent et pas très résistant à l'air du temps. Je suis en position de voir les contradictions des filles que je désire ou que j'ai désiré et ça me rend triste. Parce que je suis bien. Mais... Toujours ce foutu mot.

C'est ces petits riens qui s'accumulent. Ces vérités présentes qu'on ne voudrait pas vraiment connaître. Chacune prise séparément n'a aucune espèce d'importance. L'agrégation des pièces entre elles forme une sorte d'horreur à retardement. Un amer rappel des années écoulées et un simple constat de leur inutilité. Impuissance.

C'est ce sentiment là qui m'empêche de dormir. Qui me fait fuir par tous les moyens. Et je tombe dans moi-même...


Je suis fatigué intellectuellement. C'est prétentieux à dire, mais être en capacité de percevoir les erreurs des gens et connaître la vérité à ce sujet sans avoir la force de l'exprimer c'est épuisant. Gimme shelter.

Je me sens de plus en plus étranger.
Comme un goéland perdu sur ses pattes.

Et puis cultiver ce culte idiot de la phrase exacte et du mot juste comme si c'était la rédemption possible. Réconfort stupide. C'est juste another brick on the wall. Un autre pavé que je balance dans la rivière. En attendant de m'y balancer tout court.



Les P'tits Yeux - Place Sainte Catherine.

You just walked away.

La nuit touchait à sa fin.

Claquements de portières. Fougères froissées. On suit tant bien que mal un vague chemin de terre autour du blockaus. Le groupe se divise. Les uns passent ici, les autres là. On contourne l'obstacle. On fait de l'équilibrisme avec les seaux. Ils s'agitent, travaillent, finissent de s'épuiser.

Derrière le bloc de béton, de l'autre côté de la route, une sorte d'esplanade à l'abandon. D'abord on voit toutes les lumières du front de mer de Saint-Jean-de-Luz, d'Hendaye. Et puis le reste de la côte. Des petites groupes de points lumineux alignés au loin. Le ciel est gris, on peut à peine distinguer l'océan dans toute cette obscurité. On l'entend. Là en bas de la corniche. Comme un souffle. Une présence. Entre le gris du ciel et le noir de l'eau il y a les bateaux. Formes noires qui se découpent et dont les antennes clignotent de temps à autre.

Le jour va se lever. Il est là, c'est certain. Rien n'est visible pour l'instant. Ni reflets rougeâtres dans les nuages ni auréole de lumière à l'horizon. Pourtant c'est là. Il vient. C'est sûr. Il va y avoir de la lumière à nouveau. Le soleil va nous arracher au confort anonyme de la nuit tendre.

Mes cernes sont douloureuses.



The National - About Today.

How close am I to losing you ?
Tonight you just close your eyes
And I just watch you
Slip away

Métastases.

Cadavre de l'espoir aux oubliettes. Il pourrit doucement. Amèrement. Il pue. On l'attrape à pleines mains mais il s'échappe, il dégouline, il est déjà décomposé et dégueulasse. Informe masse pourrie qui empeste les étages.

L'espoir s'échappe comme un rêve intouchable. Immatériel il est seulement fantasme et sa matière n'est qu'esprit. Dans mes mains meurt l'espoir. De mes mains meurent les rêves.

J'ai besoin de changer. Je supporte plus les lieux. Je comprend pas les choses que je fais, je déteste ça. Je veux vivre à gravité zéro. Tout est beau, le reste compte peu. On règle les problèmes. Sans HURLER sa peine au monde entier.

Je suis tellement plein de rage et de colère. On s'en rend pas compte. De toute ce qu'on supporte sans rien dire. Il y a de ces moments où se pose seulement l'alternative : retourner sa haine contre soi-même ou contre tous les autres.

« Celui qui se transforme en bête se délivre de la douleur d'être un homme. »

La douleur d'être un homme.

Voilà ce que je ressens. Que dire de plus ? La solitude et la souffrance m'érodent comme l'océan érode la falaise. J'ai tant désiré, j'ai tant voulu l'amour qu'il paraît impossible, il perd de son attrait. L'amour est mort, le désir est fade. Contradictions. C'est la difficulté de penser. Tout est pensable dans l'absolu. Le monde manque d'universalité. Tout est interprétation et aucune certitude n'est présente. Comment faire un pas en avant sans certitude ? La vie est un pari constant avec notre vision de la réalité. On s'épuise en pronostics et en pensées. Je m'épuise à comprendre. Je me sens tellement vide. Comme si j'allais bientôt manquer d'essence. Devenir une épave pourrissante sur le bas-côté. Dans le caniveau de l'espoir agonisant.



Jefferson Airplane - Somebody To Love.

Don't you want somebody to love ?
Don't you need somebody to love ?
You'd better find somebody to love.

Picture by Badraggled on dA

« J'en ai marre de me faire baiser par la réalité.
C'est trop pas un bon coup. »
Debbie.


Je veux la fin de l'histoire avant son début.
Je veux le gâteau au chocolat avant la cuisson.
Je veux t'embrasser avant de connaître ton prénom.

We Africa.

J'aime.
L'étreinte et l'oubli.
La disparition des sens.

Bulle de mots.
A la surface.
De l'eau.



Seun Kuti & Fela's Egypt 80 - Mosquito Song.


Picture by Stupidebbie on dA


« Where are you from ? » « I'm from Nigeria »

NB : J'ai eu mon bac.
HA !